Existe-t-il une concentration de fibres de chrysotile dans l’air qui soit acceptable ?
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Les fibres d’amiante en suspension dans l’air sont invisibles à l’œil nu. Il faut donc un échantillon testé avec un appareil scientifique pour en confirmer la présence (1). Il est généralement difficile d’estimer les concentrations d’amiante dans l’air qui proviennent de sources naturelles et les résultats varient considérablement selon le contexte (2).
De faibles intensités d’exposition peuvent être associées au développement d’une amiantose si la durée d’exposition est longue, même en dessous de 1 f/ml (4). Afin de réduire le risque, des limites d’exposition ont été établies.
Au Québec, depuis 2022, la concentration moyenne permise de fibres dans la zone respiratoire d’un travailleur pour une période de 8 h en fonction d’une semaine de 40 h est établie à 0,1 fibre/cm3 pour tous les types d’amiante (5). Cette norme était déjà la même au fédéral (2) et dans la plupart des pays à revenus élevés (1,3,6) .
Jusqu’en 2022, pour une exposition au chrysotile dans les bâtiments, la norme québécoise de la valeur d’exposition moyenne sur 8 h se situait à 1 f/cm3 ou à 5 f/cm3 pour une exposition dite à court terme en moyenne sur 15 minutes. Cette valeur sur 8 h s’abaissait à 0,2 f/cm3 pour une exposition à l’amosite ou à la crocidolite, des fibres d’amphibole (2).
Ces limites ne sont pas des niveaux sûrs, mais bien un compromis entre sécurité et pragmatisme (3).
En 2021, il ne paraissait pas y avoir de consensus en matière de qualité de l’air concernant les lignes directrices à utiliser pour évaluer les risques liés à l’exposition de la population générale à l’amiante dans les sols (7). Cole et coll. proposent alors que l’évaluation du risque de mésothéliome utilise la version linéaire du modèle de Hodgson et Darnton (H & D) afin de calculer les valeurs de référence de la qualité de l’air, en conjonction avec les variantes non linéaires pour le cancer du poumon.
Selon le modèle linéaire de H & D, dans des espaces publics ouverts, une concentration de chrysotile de 0,42 fibre/cm3 correspondrait à un risque de décès par cancer de 1 sur 100 000. Cette concentration dépasse la limite de contrôle de 0,1 fibre/cm3, mais elle est estimée sur la base d’une exposition de 2 h par jour. Notons que, selon Cole et coll., cette valeur sert à illustrer l’impact de la durée d’exposition sur le seuil tolérable et ne devrait pas être interprétée comme une valeur réglementaire (7). Ils ajoutent, considérant le caractère plus toxique des amphiboles, que si des lignes directrices plus strictes doivent être formulées à leur égard, des lignes directrices sur la qualité de l’air pour le chrysotile dans le cadre d’évaluation et d’activités de nettoyage des sites contaminés pourraient être moins strictes.
Dans l’analyse de l’effet d’un projet sur la qualité de l’air ambiant, la concentration de contaminants déjà présente doit être connue. Cette concentration initiale, appelée également « niveau ambiant » ou « bruit de fond », est influencée par plusieurs facteurs (8).
À titre d’exemples, le bruit de fond dans l’air extérieur des Pays-Bas est évalué entre 0,0001 et 0,001 f/cm3 en région rurale, entre 0,001 et 0,01 f/cm3 dans les villes et entre 0,01 et 0,1 f/cm3 près des sources d’amiante. Au Royaume-Uni, on estime une concentration inférieure à 0,0001 f/cm3 en régions rurales et entre 0,0001 et 0,001 f/cm3 dans les régions urbaines (7). Au Québec, dans une étude descriptive réalisée en 2004 par analyse au microscope à lumière polarisée (2, citant Bourgault et coll., 2014, p. 145), l’étendue des concentrations observées dans le bruit de fond à l’extérieur allait de 0,0015 à 0,0056 f/cm3.
Méthodologie
Les Questions/réponses de l’ONA visent à répondre aux questions soumises par la population et par les acteurs clés au sujet de la valorisation des résidus miniers amiantés dans le contexte québécois. Les réponses rapportent les meilleurs savoirs à ce propos. Ils proviennent d’une littérature scientifique à fort niveau de preuve ou de publications éditées par des organisations réputées dans le domaine de l’amiante. Les informations qui suivent détaillent la méthodologie utilisée pour parvenir à ces conclusions.
Identification des sources les plus probantes et les plus pertinentes
- Nous appuyons la réponse sur des écrits scientifiques et sur des publications grises.
- Les écrits scientifiques couvrent les études scientifiques récentes, soit de 2015 à 2025, qui présentent un fort niveau de preuve, soit les méta-analyses ou les revues systématiques.
- Construction des requêtes à partir de mots clés présents dans l’abrégé de l’article : [asbestos OR chrysotile OR serpentine OR amphibole OR crocidolite OR amosite OR actinolite] AND [meta-analysis OR systematic review]
- Lancement de requêtes dans les bases de données : ABI/INFORM; CAIRN Info; MEDLINE; Scopus; et WEB of Science
- Validation de l’exhaustivité de la couverture de tous les domaines concernés en lançant les requêtes dans GOOGLE SCHOLAR
- Limitations: 2015-2025
- Exclusions: étude sur un pays spécifique sauf si ce pays est le Canada; exposition étudiée à un produit spécifique manufacturé contenant de l’amiante; exposition étudiée qui exclut l’activité minière
- Vérification pour rejeter les revues prédatrices
- Les écrits scientifiques peuvent également concerner des études descriptives québécoises dans le but non pas d’exposer un consensus, mais d’ajouter des informations évocatrices de la réalité québécoise. Dans pareil cas, le texte précise que le contenu provient d’une étude descriptive.
- Les publications grises couvrent les plus récentes éditions, publiées entre 2015 et 2025, produites par des organisations réputées.
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- Recherche dans les sites reconnus de pays comparables au Canada: Australie; États-Unis; France; Nouvelle-Zélande; et Royaume-Uni
- Sur ces sites, consultation initiale des formats « Foire aux questions » ou « Questions/réponses » ou « Fiches d’information »
- Inclusion également de références provenant d’autres organisations reconnues proposées par ces sites
- Les publications grises incluent également les informations contenues dans le rapport d’enquête du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE), vu sa pertinence pour répondre à la question.
Résumé et synthèse des contenus
- À la suite d’un premier tour de recherche documentaire, chaque publication répondant aux critères de sélection est résumée. Si requis, des tours supplémentaires de recherche sont lancés en ouvrant les critères jusqu’à ce que les éléments de réponse reflètent des consensus, soit une forte cohérence des contenus identifiés. Les savoirs résumés sont ensuite intégrés dans un texte logique et fluide sous la rubrique « Pour en savoir plus ».
- Le courtier de connaissances tire ensuite une synthèse des contenus résumés. La synthèse est rapportée en guise de « Réponse » à la question.
Références
- Asbestos and Silica Safety and Eradication Agency. Communicating asbestos facts and figures to the public [Internet]. Australian Government; 2025 mars p. 32. (Asbestos National Strategic Plan – Implementation 2024-30). Disponible sur: https://www.asbestossafety.gov.au/sites/default/files/documents/2022-11/Communicating%20asbestos%20facts%20and%20figures%20guide_3.PDF
- Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE). L’état des lieux et la gestion de l’amiante et des résidus miniers amiantés [Internet]. Gouvernement du Québec; 2020 p. 343. Report No.: 351. Disponible sur: https://www.bape.gouv.qc.ca/fr/dossiers/etat-des-lieux-et-gestion-de-l-amiante-et-residus-miniers-amiantes/
- British Occupational Hygiene Society. Air monitoring and clearance inspections for reoccupation following the removal of asbestos – Student manual. 2021 juill p. 50. (International Profiency Qualification). Report No.: IP404.
- Trine Østergaard, Jakob Hjort Bønløkke, David Sherson, Harald W. Meyer, Saher Burhan Shaker, Jesper Bælum, et al. Systematic review of the association between exposure to asbestos and the development of asbestosis [Internet]. The Danish Working Environment Research Fund; 2024 p. 84. Disponible sur: https://www.aes.dk/dokument/udredningsrapport-om-lungeasbestose-inkl-dansk-resume
- Gouvernement du Québec. Décret 644-2022. Loi sur la santé et la sécurité au travail (chapitre S-2.1) mars 30, 2022 p. 8.
- WorkSafe New Zealand. Management and removal of asbestos [Internet]. New Zealang Government; 2016 [cité 30 juill 2025] p. 288. Disponible sur: https://www.worksafe.govt.nz/topic-and-industry/asbestos/management-and-removal-of-asbestos/
- Cole S, Hay S, Mitcheson B. Discussion Paper on Guidelines for Airborne Concentrations of Asbestos Fibres in Ambient Air: Implications for Quantitative Risk Assessment [Internet]. SoBRA, The Society of Brownfield Risk Assessment; 2021 p. 36. Disponible sur: https://sobra.org.uk/?pmpro_getfile=1&file=2021/02/SoBRA-White-paper-on-tolerable-asbestos-concentrations-in-air_January2021-revision&ext=pdf
8. Ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs. Foire aux questions – Qualité de l’air ambiant [Internet]. [cité 30 juill 2025]. Disponible sur: https://www.environnement.gouv.qc.ca/air/criteres/faq-air-ambiant.htm
