Quels sont les principaux problèmes de santé associés à l’exposition à l’amiante ?

En savoir plus

Les trois principales maladies associées significativement à une exposition à l’amiante sont : le cancer du poumon (1–8), le mésothéliome de la plèvre (1, 2, 4–10) et l’amiantose (1, 2, 5–7). Un important nombre de publications appuient en effet cette affirmation. 

Puisque l’inhalation est la principale voie d’entrée des fibres d’amiante dans l’organisme, les risques pour la santé concernent principalement les maladies du système respiratoire (1). Lorsque les fibres sont relâchées dans l’air, elles peuvent reste piégées dans les poumons et y demeurer pour une longue période. Avec le temps, les fibres peuvent s’accumuler et causer des cicatrices et de l’inflammation qui peuvent affecter la respiration et entraîner de sérieux problèmes de santé (2).

Bien que l’ingestion d’amiante dans l’eau soit suspectée comme une cause augmentant le risque de développer un cancer colorectal, de l’œsophage ou de l’estomac, des organisations réputées estiment qu’aucun lien formel n’est établi dans le cadre d’une exposition professionnelle (11) ou environnementale (10). Elles évoquent cependant que des incertitudes persistent et qu’il faut, par conséquent, minimiser le plus possible ces concentrations dans l’eau (10). Une récente méta-analyse (2024) affirme au contraire un lien significatif entre l’exposition à l’amiante de travailleurs et les cancers de l’œsophage, de l’estomac et colorectaux. La conclusion est nuancée par le fait que le chrysotile, sans combinaison avec un amphibole, ne serait pas associé significativement avec le risque de développer l’un de ces trois cancers et qu’une exposition dans le cadre d’activités minières ne serait pas significativement liée à un risque accru de développer un cancer de l’œsophage ou un cancer colorectal (12). Une précédente méta-analyse publiée en 2019 parvenait à des conclusions comparables, c’est-à-dire qu’un risque accru de mortalité causé par un cancer colorectal était surtout observé chez des travailleurs de l’industrie des matériaux isolants exposés aux amphiboles (13).

Au sujet des types d’amiante en cause, le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) souligne que « […] la toxicité des fibres d’amphibole est plus élevée comparativement à celle des fibres de chrysotile dans le développement du mésothéliome. »  (14, p. 80). Cole et coll. (4) affirment même que le cancer du poumon serait attribuable à une exposition au chrysotile, tandis que le mésothéliome serait attribuable à une exposition aux amphiboles. 

Puisque de faibles concentrations d’amiante sont présentes dans le sol, dans l’air et dans l’eau, nous sommes tous exposés à l’amiante à un moment donné de notre vie mais cela ne se traduira pas par une maladie chez la plupart des gens. Les personnes qui développeront une maladie associée à l’amiante sont habituellement celles qui y sont exposés sur une base régulière dans un travail qui nécessite de côtoyer directement l’amiante (2). 

Ainsi, le risque s’accroît avec une exposition plus importante et une période d’exposition plus longue. D’autres facteurs affectent également le risque de développer une maladie liée à l’amiante : la taille et la forme des fibres; la composition chimique des fibres; la source d’exposition; des facteurs de risque individuels dont le tabagisme et des problèmes pulmonaires; enfin, des facteurs génétiques (2).

Concernant la distinction entre une exposition professionnelle ou non, le risque de développer une pathologie à la suite d’une exposition directe à l’amiante dans un cadre professionnel est fortement reconnu (9). Vivre à proximité d’une source d’amiante tendrait à augmenter le risque de développer un cancer du poumon bien qu’il faille interpréter avec prudence cette affirmation en raison du petit nombre d’études disponibles et de la diversité des situations étudiées (3). En revanche, bien qu’il faille également interpréter avec prudence l’affirmation suivante, une exposition domestique (être exposé à des matériaux contenant de l’amiante chez soi ou vivre sous le même toit que des personnes étant exposées professionnellement) n’occasionnerait pas d’augmentation significative du risque de développer un cancer du poumon (3). Vu la persistance des doutes sur le sujet de l’exposition non professionnelle, des mesures de prévention et de surveillance pour les populations concernées s’imposent (3).

En analysant les études internationales réalisées, Cole et coll. concluent en 2021 (4) que la période de latence entre le début de l’exposition au chrysotile ou à la crocidolite et le diagnostic de la maladie était en moyenne de 39 ans pour l’exposition directe (professionnelle) et de 46 ans pour une exposition indirecte, ou environnementale.

Il faut ajouter qu’une distinction s’impose dans les écrits au sujet du contexte où sont mesurés les effets du chrysotile sur la santé. Il existerait des différences significatives de risque entre l’exposition aux fibres de chrysotile puisées des mines et l’exposition aux fibres de chrysotile utilisées dans l’industrie textile, ces dernières étant plus longues (15, 16).

Méthodologie

Les Questions/réponses de l’ONA visent à répondre aux questions soumises par la population et par les acteurs clés au sujet de la valorisation des résidus miniers amiantés dans le contexte québécois. Les réponses rapportent les meilleurs savoirs à ce propos. Ils proviennent d’une littérature scientifique à fort niveau de preuve ou de publications éditées par des organisations réputées dans le domaine de l’amiante. Les informations qui suivent détaillent la méthodologie utilisée pour parvenir à ces conclusions.

Identification des sources les plus probantes et les plus pertinentes

  • Nous appuyons la réponse sur des écrits scientifiques et sur des publications grises.
  • Les écrits scientifiques couvrent les études scientifiques récentes, soit de 2015 à 2025, qui présentent un fort niveau de preuve, soit les méta-analyses ou les revues systématiques. 
    • Construction des requêtes à partir de mots clés présents dans l’abrégé de l’article : [asbestos OR chrysotile OR serpentine OR amphibole OR crocidolite OR amosite OR actinolite] AND [meta-analysis OR systematic review]
    • Lancement de requêtes dans les bases de données : ABI/INFORM; CAIRN Info; MEDLINE; Scopus; et WEB of Science
    • Validation de l’exhaustivité de la couverture de tous les domaines concernés en lançant les requêtes dans GOOGLE SCHOLAR
    • Limitations : 2015-2025
    • Exclusions : étude sur un pays spécifique sauf si ce pays est le Canada; exposition étudiée à un produit spécifique manufacturé contenant de l’amiante; exposition étudiée qui exclut l’activité minière
    • Vérification pour rejeter les revues prédatrices
  • Les écrits scientifiques peuvent également concerner des études descriptives québécoises dans le but non pas d’exposer un consensus, mais d’ajouter des informations évocatrices de la réalité québécoise. Dans pareil cas, le texte précise que le contenu provient d’une étude descriptive.
  • Les publications grises couvrent les plus récentes éditions, publiées entre 2015 et 2025, produites par des organisations réputées.
    • Recherche dans les sites reconnus de pays comparables au Canada : Australie; États-Unis; France; Nouvelle-Zélande; et Royaume-Uni
    • Sur ces sites, consultation initiale des formats « Foire aux questions » ou « Questions/réponses » ou « Fiches d’information »
    • Inclusion également de références provenant d’autres organisations reconnues proposées par ces sites
  • Les publications grises incluent également les informations contenues dans le rapport d’enquête du BAPE vu sa pertinence pour répondre à la question.

Résumé et synthèse des contenus

  • À la suite d’un premier tour de recherche documentaire, chaque publication répondant aux critères de sélection est résumée. Si requis, des tours supplémentaires de recherche sont lancés en ouvrant les critères jusqu’à ce que les éléments de réponse reflètent des consensus, soit une forte cohérence des contenus identifiés. Les savoirs résumés sont ensuite intégrés dans un texte logique et fluide sous la rubrique « Pour en savoir plus ».
  • Le courtier de connaissances tire ensuite une synthèse des contenus résumés. La synthèse est rapportée en guise de « Réponse » à la question.

Références

  1. ANSES – Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail. L’amiante: un sujet toujours d’actualité [Internet]. 2024 [cité 23 juill 2025]. Disponible sur: https://www.anses.fr/fr/content/lamiante-sujet-toujours-dactualite
  2. National Cancer Institute (NCI). Asbestos Exposure and Cancer Risk Fact Sheet – NCI [Internet]. 2024 [cité 17 juill 2025]. Disponible sur: https://www.cancer.gov/about-cancer/causes-prevention/risk/substances/asbestos/asbestos-fact-sheet
  3. Kwak K, Kang D, Paek D. Environmental exposure to asbestos and the risk of lung cancer: a systematic review and meta-analysis. Occup Environ Med [Internet]. 2021 [cité 22 juill 2025];79(3):20714. Disponible sur: https://oem.bmj.com/content/79/3/207
  4. Cole S, Hay S, Mitcheson B. Discussion Paper on Guidelines for Airborne Concentrations of Asbestos Fibres in Ambient Air: Implications for Quantitative Risk Assessment [Internet]. SoBRA, The Society of Brownfield Risk Assessment; 2021 p. 36. Disponible sur: https://sobra.org.uk/?pmpro_getfile=1&file=2021/02/SoBRA-White-paper-on-tolerable-asbestos-concentrations-in-air_January2021-revision&ext=pdf
  5. Trine Østergaard, Jakob Hjort Bønløkke, David Sherson, Harald W. Meyer, Saher Burhan Shaker, Jesper Bælum, et al. Systematic review of the association between exposure to asbestos and the development of asbestosis [Internet]. The Danish Working Environment Research Fund; 2024 p. 84. Disponible sur: https://www.aes.dk/dokument/udredningsrapport-om-lungeasbestose-inkl-dansk-resume
  6. Stevens ME, Paustenbach DJ, Korchevskiy A. Exposure-response analysis of recent epidemiological data: Proposed risk based occupational exposure limits for various mineral types of asbestos. Chemico-Biological Interactions [Internet]. 8 juill 2025 [cité 22 juill 2025];44. Disponible sur: https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0009279725002753
  7. EPA US. Learn About Asbestos [Internet]. 2024 [cité 22 juill 2025]. Disponible sur: https://www.epa.gov/asbestos/learn-about-asbestos
  8. Xiong X, Zhang S, Liao X, Du J, Zheng W, Hu S, et al. An umbrella review of the evidence associating occupational carcinogens and cancer risk at 19 anatomical sites. Environmental pollution (Barking, Essex: 1987) [Internet]. 15 mars 2024;345:123531. Disponible sur: https://ezproxy.uqar.ca/login?url=https://search.ebscohost.com/login.aspx?direct=true&db=mnh&AN=38341059&lang=fr&site=ehost-live&scope=site
  9. Santos C, Dixe M dos A, Sacadura-Leite E, Astoul P, Sousa-Uva A. Asbestos Exposure and Malignant Pleural Mesothelioma: A Systematic Review of Literature. Portuguese Journal of Public Health [Internet]. 2023;40(3):188202. Disponible sur: https://doi.org/10.1159/000527971
  10. Asbestos and Silica Safety and Eradication Agency. Communicating asbestos facts and figures to the public [Internet]. Australian Government; 2025 mars p. 32. (Asbestos National Strategic Plan – Implementation 2024-30). Disponible sur: https://www.asbestossafety.gov.au/sites/default/files/documents/2022-11/Communicating%20asbestos%20facts%20and%20figures%20guide_3.PDF
  11. ANSES. Revue systématique de la littérature visant à dresser un état des lieux des connaissances actuelles sur la caractérisation du danger lié à l’ingestion d’amiante [Internet]. Maisons-Alfort: ANSES; 2021 juill p. 340. Report No.: 2018-SA-0001. Disponible sur: https://www.anses.fr/fr/system/files/EAUX2018SA0001Ra.pdf#page=12.58
  12. Koehoorn M, McLeod CB, Fan J, Arrandale VH, Davies HW, Dement JM, et al. Occupational asbestos exposure and gastrointestinal cancers: systematic review and meta-analyses. Occup Environ Med [Internet]. 1 déc 2024;81(12):639. Disponible sur: http://oem.bmj.com/content/81/12/639.abstract
  13. Kwak K, Paek D, Zoh KE. Exposure to asbestos and the risk of colorectal cancer mortality: a systematic review and meta-analysis. Occup Environ Med. nov 2019;76(11):86171. 
  14. Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE). L’état des lieux et la gestion de l’amiante et des résidus miniers amiantés [Internet]. Gouvernement du Québec; 2020 p. 343. Report No.: 351. Disponible sur: https://www.bape.gouv.qc.ca/fr/dossiers/etat-des-lieux-et-gestion-de-l-amiante-et-residus-miniers-amiantes/
  15. Darnton L. Quantitative assessment of mesothelioma and lung cancer risk based on Phase Contrast Microscopy (PCM) estimates of fibre exposure: an update of 2000 asbestos cohort data. Environmental Research [Internet]. 1 août 2023 [cité 22 juill 2025];230:114753. Disponible sur: https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0013935122020801

16. Rong Y, Luo X, Zhang Z, Cui X, Liu Y, Chen W. Occupational exposure to asbestos and cardiovascular related diseases: A meta-analysis. Preventive Medicine Reports [Internet]. 1 janv 2015;2:9206. Disponible sur: https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S2211335515001473